Réactions face au palmarès du Vif

Le Vif a publié vendredi passé un palmarès concernant le travail des parlementaires. La méthode pose question et j'aimerais ici relayer la réaction de mes collègues Dominique Braeckman et Anne Herscovici. Au-delà de la méthode, il y a aussi un problème quand les chiffres ne sont pas justes. C'est le cas pour moi, où l'on passe de 0 action parlementaire à plus d'une vingtaine (à ce jour).  Voyons le côté positif, cela a aussi permis de mettre à jour un problème au niveau du site internet du Parlement (en tout cas à ce niveau, c'est déjà réglé).



"Madame Ghali,

Nous sommes quelques élus au Parlement bruxellois à avoir été classés parmi les cancres au palmarès que vous avez établi et que vous nous promettez de façon annuelle.  Bien que vous indiquiez que nous pouvions difficilement contester une telle étiquette, nous allons tenter l’exploit et vous soumettre quelques réactions.
En premier lieu, nous voudrions pointer le fait qu’être parlementaire au Parlement bruxellois impose de siéger également au parlement Francophone bruxellois, à la Commission communautaire commune, voire, pour certains d’entre nous au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.  Il ne s’agit pas d’un cumul choisi mais bien d’une obligation institutionnelle.  Dès lors si on se limite à une approche mathématique (alimentée par des sites par ailleurs incomplets), ne comptabiliser que le nombre d’interpellations/questions au sein de l’assemblée principale pénalise lourdement ceux qui travaillent essentiellement au sein des autres assemblées.
En second lieu, même si on le fait correctement, additionner le nombre des interpellations, questions et rapports fait fi de tout le reste du travail parlementaire.  En effet, dans l’enceinte parlementaire, l’interpellation (ou la question) est certes ce qui est le plus visible mais reste assez ciblé.  Par contre, réagir sur la Déclaration de politique générale exige une intervention sur l’ensemble des politiques menées.  Ce type d’intervention pourtant n’est pas comptabilisée bien qu’elle représente, parce qu’elle nécessite une lecture politique sur tous les sujets, infiniment plus de travail qu’une interpellation qui elle est ciblée et comptabilisée. 
Autre exemple, une intervention sur les budgets nécessite des heures de travail en commission (et à la maison) et une connaissance pointue de tous les dossiers : encore un travail parlementaire qui n’est pas comptabilisé.
Quant à l’intérêt des interpellations de nos collègues, il est aussi lié au fait qu'il suscite un débat, ce qui implique une intervention, une réaction qui représente autant de travail que l’interpellation initiale. Vous n'en tenez pas compte non plus dans vos calculs.
Quand un projet ou une proposition de loi est étudié en commission cela représente des heures de travail, des auditions, des interventions en commission et en séance plénière : cela n’est pas comptabilisé.
Au Parlement francophone bruxellois, nous avons eu des semaines d’auditions et avons réalisé sur divers sujets des propositions de recommandations.  Travail laborieux …autant qu’anonyme.
Au Parlement régional, nous avons travaillé des mois durant sur les questions d’égalité entre femmes et hommes à partir d’une somme considérable d’auditions et avons abouti à de très nombreuses recommandations qui devraient améliorer les conditions des femmes en matière d’emploi, de formation, de mobilité, etc. Travail non reconnu !

Ces quelques exemples montrent que le travail parlementaire ne se limite pas à poser des questions ou à faire des interpellations, même si le but de ce courrier n’est pas de dénigrer ces facettes du travail parlementaire.  De surcroît, ce travail s’alimente par une grande présence sur le terrain (assister à des colloques, participer à des forums, soutenir des mouvements sociaux…) qui n’est guère comptabilisable. Il en va de même d'ailleurs du travail lié aux responsabilités que le groupe nous confie, travail de coordination, d'animation de groupes de réflexion, de proposition au sein du bureau, (du Parlement ou de la  cocof,  etc)
Nous espérons que vous tiendrez compte de nos remarques maintenant et dans les années à venir.  Non seulement pour nous mais aussi pour tous ceux qui prennent leur mandat à cœur et ce dans tous les partis.  Nous espérons également que ce type de palmarès quantitatif ne poussera pas les élus - demain encore plus qu’aujourd’hui - à faire du chiffre en introduisant nombre de questions et interpellations dont l’intérêt essentiel serait de recevoir un bon bulletin.  Nous continuerons, en ce qui nous concerne, à travailler dans le souci de remplir au mieux notre mandat, même anonymement, d'animer le débat démocratique, d'informer les citoyens, qui le sont si mal, de la teneur de ces débats. 

Nous serions ravies d'un échange avec vous parce que nous pensons qu'au-delà du cas de nos modestes personnes, la distribution de bonnets d'âne et notamment à celles et ceux qui se consacrent entièrement à leur mandat ne sert pas vraiment la démocratie mais la fragilise davantage. Nous sommes par ailleurs convaincues que ce n'était pas votre intention.

Nous vous prions d’agréer, Madame Ghali, l’expression de nos sentiments les meilleurs."

Anne Herscovici et Dominique Braeckman,
Députées Ecolo à la Région de Bruxelles-Capitale

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