Un homme debout



Actuellement, le centre culturel Ten Weyngaert propose le spectacle de Jean-Marc Mahy (avec le Théâtre de l’Ancre) « Un homme debout ». On m’en avait beaucoup parlé, c’était donc avec un grand intérêt que j’ai assisté à ce témoignage-spectacle.

J’ai été véritablement émue et bouleversée. Je n’ai peut-être pas découvert, par ce spectacle, des nouveautés sur l’univers carcéral, étant donné que cela fait 10 ans que je travaille sur la question des prisons; mais le témoignage de cet homme était empli d’une telle humanité !

Par ailleurs, je pense que ce spectacle est un vecteur extraordinaire pour dénoncer auprès des jeunes et du grand public ce qui se passe en prison et d’en questionner le sens.

Car la question du sens de la politique carcérale est une question qui est centrale dans ce spectacle. Cette question est aussi posée depuis des décennies dans les secteurs de l’aide aux justiciables, des criminologues, des directeurs de prisons, … et reçoit pourtant tellement peu de réponse de la part du gouvernement fédéral !
Revoir le sens de la criminalisation de certains actes, revoir le sens de la façon dont on traite les délinquants dont ceux qui ont des problèmes psychiatriques (qui se trouvent bien souvent en prison plutôt que d’être dans un établissement spécifique), ou les relations entre les parents incarcérés et leurs enfants, n’est-ce pas en réalité questionner plus globalement le sens de notre société?
Dans un monde qui est ancré dans une réalité où les inégalités sont fortes et s’accroissent de plus en plus, où l’avoir a pris le pas sur l’être, le tout à la surconsommation, l’exclusion marque notre société de manière fondamentale. Je suis convaincue que la première étape dans la recherche du sens de notre système carcérale se trouve dans la résorption de ces exclusions et dans le développement d’autres valeurs basées sur l’éducation, le respect, la justice et la citoyenneté.
Ne nous étonnons pas si ces valeurs se trouvent si peu dans nos prisons puisque nous devons nous battre quotidiennement pour les voir se développer dans notre société. 
Dans ce contexte sociétal et face à l’absence de réformes pénale et carcérale par le fédéral, il y a malgré tout des gens qui tentent au jour le jour d’apporter un peu de sens au sein des prisons ; c’est le travail des services d’aide aux justiciables, des services de santé, de formation, … 
J’ai eu l’occasion de travailler avec ces différents services dans le cadre de mon travail au sein du cabinet de la Ministre Evelyne Huytebroeck et par la suite en tant que parlementaire.
La persévérance et la détermination de tous ces travailleurs pour donner aux détenus quelques chances de réinsertion et de meilleures conditions de détention ont été pour moi un véritable moteur face à un pouvoir fédéral, qui sur la question, était en régression. Nous avons réussi à imposer l’action de ces acteurs au sein des prisons et à la développer. Nous avons aussi négocié des accords de coopération sur la base desquelles il sera possible dorénavant d’imposer un dialogue et une reconnaissance du travail de ces acteurs pour que la détention ne se limite pas qu’à une question sécuritaire. Cela ne représente pas les changements que nous attendons mais c’est certainement une base pour poursuivre la pression et assurer le maintien et le développement de ces aides, seuls éléments qui peuvent encore faire sens dans un contexte bien hostile à cette préoccupation.
Pourtant bien d’autres pays se sont lancés dans ces réformes avec des résultats très positifs; Dans notre pays, derrière parfois des motifs de systèmes institutionnels complexes, il y a surtout bien peu de volonté politique pour entamer ces réformes profondes. Ce ne sera très certainement pas un projet du nouveau gouvernement fédéral pour les 5 prochaines années …

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